Sœur Carla Curti,. mcs. Bagandou – RCA
Notre région s’appelle « Lobaye » du nom du grand fleuve qui la traverse, en République Centrafricaine. Ici, l’été coïncide avec la saison des pluies.
La récolte des chenilles
Une ressource économique majeure, typique de cette saison et de la forêt de la Lobaye, est la récolte des « chenilles » (« makongo » en sango). Les « chenilles » ont environ 8 à 10 cm de long et 2 cm de diamètre ; elles se développent sur certains arbres de la forêt et en mangent les feuilles. À maturité, elles tombent au sol, comme des fruits mûrs, ou descendent de l’arbre.
Ces chenilles sont très nutritives, riches en protéines et en vitamines. Elles constituent un véritable aliment divin et sont récoltées de fin juin à septembre. La saison des chenilles est si importante qu’elle sert de point de repère : « Est-ce que c’est arrivé avant ou après la saison des chenilles ? » « Quel âge a votre fils ? » « Il a récolté les chenilles pendant quatre saisons, il doit donc avoir quatre ans. »
Le déplacement pour la récolte
En juin, les familles se préparent à partir en forêt pour récolter les chenilles. Les hommes se mettent d’abord en route et préparent la hutte où la famille séjournera ; ils préparent le toit, recouvert de feuilles de bambou tressées ou d’une bâche en plastique ; ils creusent un canal autour pour évacuer l’eau de pluie. Ils préparent également un séchoir pour sécher et conserver les chenilles. Une fois la hutte prête, le reste de la famille peut s’y installer ; parfois, deux ou trois familles de parents s’installent au même endroit.
Pendant cette saison des récoltes, personne ne souffre de la faim. Cette nourriture de Providence est accessible à tous, sans distinction. Grâce à la récolte de chenilles, de nombreux parents peuvent financer la scolarité de leurs enfants et acheter des produits de première nécessité pour leur famille. Les chenilles sont d’ailleurs revendues à Bangui, la capitale, à bon prix.
La vie au campement
À cette époque de l’année (mi-juillet), la ville de Bagandou est presque déserte: tout le monde est parti au « bara ti makongo » (champ de chenilles). Nous, les religieuses, nous sommes allées visiter un « bara ti makongo », un campement où vivent deux familles que nous connaissons. Nous avons marché environ trois heures, traversant de champs puis forêt luxuriante ; accueillies par la famille du catéchiste, nous avons regardé les chenilles tomber des arbres. La femme du catéchiste nous a offert une assiette de polenta de manioc fumante, avec des chenilles cuites à l’huile de palme, à l’oignon et à l’ail.
Les enfants couraient joyeusement, en toute liberté, et de temps en temps, quelqu’un arrivait avec une bassine pleine de chenilles encore en mouvement. Nous avons demandé : « Ici, au milieu de la forêt, où trouvez-vous de l’eau pour boire et cuisiner ?» « Il faut marcher deux heures pour arriver à la source », nous ont-elles répondu.
Nous remercions le Seigneur pour sa Providence envers les habitants de la Lobaye et prions pour que la saison se déroule bien, sans accident ni maladie.

