Sr. Lucía Fonts Santana. Dès Bagandou (République Centrafricaine)
Mon service comme Missionnaire Combonienne en République Centrafricaine est étroitement lié à la pastorale pygmée que nous faisons dans le diocèse de M’Baïki. Un moment très important de ce chemin avec le peuple pygmée a été la première assemblée de la Commission Pastorale Aka, avec le slogan : « Lève-toi, frère Aka ! l’Eglise veut t’écouter ».
Un moment de réflexion sans précédents!
Notre évêque a voulu convoquer cette rencontre, sans précédent dans le diocèse, dans le but d’écouter nos frères et sœurs Aka, afin qu’ils nous ouvrent les yeux sur la réalité qu’ils vivent dans la société.
L’assemblée a été animée par deux jeunes Aka originaires de la région de Batangas, dans le diocèse de Berberati: Simon Pierre Kondo Minho, représentant du gouvernement pour les droits de l’homme, et Célestin, étudiant en master de droit. Une cinquantaine de personnes ont participé à la réunion, essentiellement des Aka représentant les différentes paroisses du diocèse de M’baïki.
Un peuple marqué par la souffrance
Les Aka sont le peuple autochtone de la forêt de la République centrafricaine. Ils ont leur propre langue et leur propre culture, mais comme pour les peuples bantous, cette sagesse ancestrale commence également à se perdre.
Les Aka sont de plus en plus contraints de vivre côte à côte avec les Bantous, qui les soumettent facilement à une attitude servile. Ils n’ont pas d’alternative car il est difficile de trouver du gibier, du poisson et des fruits sauvages dans une forêt de plus en plus surexploitée par les compagnies minières et forestières et par la récolte massive des feuilles de gnetum africanum ou makongo, qui est un ver comestible.
En tant que missionnaire, je suis peinée de voir que les Aka sont souvent traités de manière inhumaine. Ils subissent des humiliations de toutes sortes, ce qui mine peu à peu leur estime de soi et les amène à vivre dans une attitude de résignation et d’apathie face à ces injustices.
La joie de savoir qu’ils ne cheminent pas seuls
Je me souviens du premier jour de l’assemblée. Pour beaucoup, c’était la première fois qu’ils se rendaient aussi loin de leur village et ils semblaient gênés. Ils sont venus à la réunion avec des craintes et beaucoup de timidité.
Au cours de l’assemblée, la parole leur a été donnée et nous avons pu connaître de première main leurs souffrances, leurs frustrations et les cas concrets d’injustices et de violations de leurs droits. Mais nous avons aussi découvert leurs joies, leurs espoirs, leurs convictions profondes, leurs rêves.
À la fin de l’assemblée, j’ai eu l’impression d’avoir vécu une Pâque. Lors de l’eucharistie de clôture dans la cathédrale, il y a eu pour la première fois des chants en langue Aka et les lectures ont été faites par les Aka qui ont un meilleur niveau académique. Ils avaient l’air de personnes différentes et on pouvait lire dans leurs yeux la confiance de ceux qui savent qu’ils ne marchent plus seuls.
Les leaders akans qui ont participé à l’assemblée sont retournés dans leurs communautés avec l’intention de transmettre un message clair : nous sommes des personnes avec nos droits et nos devoirs de citoyens, levons-nous et luttons pour un avenir meilleur où nos enfants marcheront main dans la main avec nos voisins bantous, avec la même dignité !

