Rosa María del Socorro. Smc. Barahona (République dominicaine)
Je suis sœur Rosa María del Socorro, « Cocos », comme tout le monde m’appelle. Je suis missionnaire combonienne mexicaine. J’ai travaillé plusieurs années au Tchad, en Afrique, ainsi qu’avec les indigènes mazatèques, dans le sud du Mexique, et en Haïti. À présent, je me trouve à Barahona, en République dominicaine, où je fais partie de la Communauté Missionnaire Intercongrégationnelle (CIM), composée de sœurs de trois congrégations : les Maîtresses Catholiques du Sacré-Cœur de Jésus, les Mercédaires Missionnaires de Barcelone et les Missionnaires Comboniennes.
Le travail dans un contexte pas facile
Barahona est la capitale de la province dominicaine du même nom, située très près de la frontière avec Haïti, et qui connaît pour cette raison une forte présence de migrants haïtiens. C’est l’une des villes et des diocèses les plus démunis, tant sur le plan religieux qu’économique. En tant que CIM, nous travaillons à Pueblo Nuevo, l’un des quartiers les plus pauvres de la périphérie, marqué par un fort chômage, l’analphabétisme, la prostitution, la toxicomanie et la présence de nombreuses églises protestantes, ce qui engendre une grande indifférence envers la religion catholique.
Mon travail pastoral consiste à être présente, à soutenir et à accompagner des personnes âgées abandonnées par leurs familles dans une maison de retraite. Je participe également à la pastorale sociale de la paroisse. Enfin, je donne des ateliers de médecine naturelle, aussi bien dans la paroisse que dans les « bateyes », dans la municipalité de Barahona et dans la province de San Pedro de Macorís.
« Les bateyes » comme organisation sociale
Les « bateyes » sont des regroupements de familles vivant autour de plantations agricoles, en particulier de canne à sucre. Ils sont composés de Dominicains d’origine haïtienne, amenés d’Haïti comme esclaves dans les années 1980, ainsi que de migrants haïtiens venus travailler dans la plantation, la coupe, le brûlage, le chargement, la pesée et le transport de la canne à sucre. C’est l’un des travaux les plus durs, pénibles et dangereux qui existent en République dominicaine. Il existe des centaines et des centaines de « bateyes » dispersés dans tout le pays.
La majorité des habitantes de ces « bateyes » sont des mères de famille vivant dans un contexte de précarité, de marginalisation et d’abandon de la part du gouvernement, en raison de leur statut de migrantes ou parce qu’elles sont descendantes d’Haïtiens.
Des ateliers de formation et de sensibilisation
C’est dans ces deux régions que je réalise mon travail d’herboristerie. Il s’agit d’une mission simple et populaire, avec des ateliers de formation et de sensibilisation à la santé communautaire pour une vie digne et intégrale. Je m’adresse principalement à des femmes entreprenantes et vulnérables, disposant de peu de ressources économiques, qui souhaitent aider leurs familles et leurs communautés, renforçant ainsi leur estime de soi.
À travers ces cours, j’essaie de les autonomiser afin qu’elles prennent conscience de leurs droits et de leurs devoirs grâce à la santé communautaire ; cela les aide à élargir leur regard et leurs connaissances sociales, humaines et communautaires, afin de promouvoir la paix, la justice et de nouveaux modèles d’organisation et de commerce.
Surtout, pour ne pas avoir à acheter des médicaments à des prix très élevés, hors de portée de leurs économies familiales. C’est pourquoi l’un des objectifs de cette formation est la préparation et l’utilisation de médicaments à base de produits naturels.
La surprise pour communiquer dans leur langue
Lorsque je donne ces formations et que je parle en créole haïtien, leur langue maternelle, elles sont surprises et me demandent : « Comment une religieuse étrangère, qui n’est pas dominicaine, peut-elle parler notre langue natale ? » Alors elles se mettent à chanter et à applaudir. Et moi, je me dis : « Les sept années que j’ai passées à vivre en Haïti n’ont pas été inutiles, dans ce pays qui reste plongé dans la pauvreté et la violence ».
Le courage de la persévérance
Promouvoir l’usage de remèdes naturels à base de plantes médicinales est une tâche très importante, car les gens eux-mêmes sont déjà très habitués à les utiliser, surtout les femmes âgées, qui en ont une grande connaissance. À partir d’un thé ou d’une infusion qu’elles préparent quotidiennement, elles apprennent à fabriquer des pommades, des sirops, du savon, du shampoing, etc.
Il reste encore beaucoup à faire et de chemin à parcourir. J’essaie d’être pour ces «bateyes» un visage plein d’espérance et de compassion, comme celui de Dieu Père et Mère. J’ai confiance en ce que voulait saint Daniel Comboni : « les âmes se sauvent par la prière et le sacrifice ».

