Sr Loreta Beccia, SMC
Au mois de mai, j’ai participé à une formation à Bangui, en République Centrafricaine, où j’ai vécu une expérience riche de rencontres — non seulement avec des personnes, mais surtout avec leurs histoires de résilience remplies d’espoir.
Pendant mon séjour, j’ai eu la chance de visiter notre mission en pleine forêt, à Bagandou, où vit une communauté de quatre sœurs qui se consacrent à de nombreuses activités : pastorale de la santé, éducation, catéchèse, etc.
Sœur Daniela nous a accompagné, moi et sœur Olga — qui avait vécu en Centrafrique pendant dix ans, il y a une dizaine d’années — jusqu’à la belle communauté de Siriri. Ce mot, en langue Aka (parlée par les Pygmées de cette région), signifie PAIX.
Le village de la Paix (Siriri)
Le village de la Paix est formé de familles pygmées réfugiées dans cette zone forestière. Un espace leur a été attribué après qu’ils ont dû fuir des situations incompatibles avec une vie paisible et digne. C’est là qu’ils ont trouvé leur oasis de paix et ont commencé à bâtir une école — grâce à l’aide de sœur Olga et d’autres sœurs qui partageaient leur vie et leur mission avec les habitants de Siriri.
L’idée de l’école est née d’une demande des femmes pygmées. Elles disaient vouloir l’éducation pour leurs enfants afin qu’ils ne soient plus à la merci d’abus, ni traités comme des “esclaves”, comme cela arrive encore aujourd’hui. Pour ces femmes, ne pas aller à l’école signifie ne rien valoir aux yeux du monde.
Il y a quelques années, l’école n’avait qu’un seul bâtiment ; aujourd’hui, il y en a trois, tous remplis d’enfants et de jeunes avides d’apprendre. À côté de l’école se trouve un espace-cuisine où, trois fois par semaine, Joséphine prépare “la boule” (un repas nourrissant à base de lait, de farine et de pâte d’arachide), distribué à tous les élèves… et parfois à ceux qui se faufilent parmi eux.
La joie de la rencontre
Mais comment ne pas vous raconter notre arrivée en jeep ? En pleine forêt, nous avons remarqué que la route avait été nettoyée, les herbes coupées — le passage était presque confortable ! Un peu plus loin, nous avons compris pourquoi : un groupe de femmes pygmées, leurs enfants attachés dans le dos et une machette à la main, dégageaient le chemin.
Quand elles nous ont vues, elles ont littéralement arrêté la voiture : elles avaient reconnu sœur Olga, assise à l’avant, celle qui les avait accompagnées dès les premiers pas de la création de l’école. Dans un instant, la jeep s’est remplie de femmes pygmées chantant jusqu’à notre arrivée à Siriri, où de nombreuses personnes attendaient leur tour pour embrasser sœur Olga.
Au-delà de la simplicité incroyable et de la grande joie exprimées par des sourires, des étreintes, des chants et des danses, une chose m’a particulièrement frappée : à chaque fois que sœur Olga retrouvait ses anciennes élèves, elle ne leur posait qu’une seule question : « Combien d’enfants as-tu ? » Et la réponse, toujours accompagnée d’un grand sourire, donnait un chiffre (jamais moins de 4), suivi de : « Et je suis mariée ! » — une déclaration pleine de fierté, car cela signifie que leur mari a pu payer une dot. Ce détail, dans cette culture, donne à la femme une valeur sociale et la reconnaissance d’avoir fondée une famille. Tel est le rêve de ces femmes : dans leur simplicité, devenir protagonistes de leur propre histoire, piliers de la nouvelle communauté — la communauté-famille, la communauté chrétienne.
La paix pour tout le monde
Cet échange de mots et de sourires m’a fait réfléchir à une chose importante : pour un missionnaire, l’essentiel est d’assumer la joie de l’autre, et pas forcément l’inverse. Bien sûr, nous sommes appelées à partager notre propre joie, mais après des années passées en mission, à aimer humblement, la plus grande joie devient celle des autres — leur accomplissement dans de petites choses, qui pour nous pourraient sembler insignifiantes, mais qui pour eux ont une valeur indescriptible.
Petite anecdote pour finir : ce jour-là, le 8 mai, en rentrant chez nous, nous avons commencé à recevoir des messages : « La fumée est blanche, Habemus Papam! »
En quittant ce “village de la paix”, un seul désir habitait mon cœur : celui que le Pape Léon XIV, élu justement ce jour-là, a crié depuis la loggia de Saint-Pierre : « La paix soit avec vous ! » Alors… SIRIRI à tous !

