Lorena Cecilia Sessaty Sáenz. Smc
« J’ai déjà cessé de rêver, ici ça fait trop mal. » Ces paroles de Khader, un jeune Palestinien de 17 ans, révèlent la profonde fatigue provoquée par la guerre et ses conséquences invisibles. Depuis plus d’un an, je travaille à Bailasan, un centre d’accompagnement psychologique et spirituel à Bethléem, où j’accompagne des personnes marquées par la souffrance, la crise économique, la migration forcée et la perte d’espoir.
Le fléau de la guerre
La guerre ne détruit pas seulement des vies et des bâtiments ; elle affecte aussi les rêves, les projets et la santé mentale. Dans une ville comme Bethléem, dépendante du tourisme, beaucoup de familles vivent des situations difficiles : chômage, isolement, jeunes enfermés chez eux et recherche d’évasion dans le monde numérique. Pourtant, au milieu de cette obscurité, je rencontre des personnes qui deviennent de véritables « bougies », apportant soutien, justice et espérance.
Choisir le bien au-delà des clivages
Je pense notamment à ceux qui, malgré les blessures de leur histoire, choisissent d’aider les autres. Des Palestiniens qui utilisent le théâtre et les marionnettes pour offrir aux enfants des moments de joie, ou des Juifs engagés pour la paix et la justice malgré les critiques qu’ils affrontent. À Bailasan, cette lumière se manifeste aussi dans les thérapies et les groupes de soutien, où les personnes découvrent leur propre force intérieure.
L’histoire de Khader illustre cette transformation. En réfléchissant au récit de David et Goliath, il comprend qu’il porte une « armure » trop lourde faite de rêves impossibles et de découragement. Il découvre plutôt ses propres « pierres » : sa santé, sa famille, sa foi, les scouts et son amitié. Il reconnaît qu’il ne peut pas changer toute la situation politique, mais qu’il peut combattre la colère et l’apathie qui l’habitent.
Aujourd’hui, ma mission n’est pas de tout résoudre, mais d’être une petite lumière dans l’obscurité : écouter, accompagner, créer des liens et aider chacun à retrouver un peu d’espérance. Sur cette terre blessée, je continue de croire que Dieu agit à travers ces gestes simples, ces rêves qui renaissent et ces personnes qui choisissent de garder leur lumière allumée.

